Dans Punishing the Poor, je montre que l’ascension de l’etat penal aux etats-Unis et dans les autres societes avancees au cours du dernier quart de siecle est une reponse a la montee de l’insecurite sociale, et non criminelle ; que les transformations de politiques sociales et penales sont mutuellement imbriquees, le « workfare » restrictif et le « prisonfare » en expansion tendant a s’accoupler en un seul canevas organisationnel visant a discipliner les fractions precaires du proletariat postindustriel ; et qu’un systeme carceral diligent n’est pas un devoiement du Leviathan neoliberal mais une de ses composantes a part entiere. Dans cet article, je deroule les implications theoriques du diagnostic de ce nouveau gouvernement de l’insecurite sociale. J’adapte et developpe le concept de « champ bureaucratique » de Pierre Bourdieu pour reviser la these classique de Piven et Cloward sur la regulation de la pauvrete par l’aide sociale, et je contraste mon modele de la penalisation comme technique de gestion de la marginalite urbaine avec la vision de la « societe disciplinaire » de Michel Foucault, avec le compte-rendu que David Garland livre de la « culture du controle », et avec la caracterisation de la politique neoliberale elaboree par David Harvey. Contre la conception economique « fine » du neoliberalisme comme regne du marche, je propose une specification sociologique « epaisse » du neoliberalisme qui englobe la supervision par le workfare, un etat penal proactif et le trope culturel de la « responsabilite individuelle ». Ce qui suggere qu’il faut theoriser la prison non comme un instrument technique visant a assurer le respect de la loi, mais comme une capacite politique cruciale dont le deploiement selectif et agressif dans les regions inferieures de l’espace social viole les ideaux de la citoyennete democratique.
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